ONAY AKBAS - POESIE DU CHAOS : Mémoire d'un jardin de thé en Anatolie
Curatrice, coordinatrice de projet
15 septembre – 31 octobre 2025
À l'occasion de son 40e anniversaire artistique, Onay Akbas investit les façades de la Caserne Napoléon, au cœur de Paris, avec une exposition monumentale en plein air organisée en collaboration avec la Ville de Paris. Quarante panneaux grand format invitent les passants à découvrir un voyage visuel né d'un geste simple : celui de griffonner sur des tickets de salon de thé en Anatolie, transformés en récits poétiques et en compositions symboliques. S'inspirant des traditions du théâtre d'ombres, de la mémoire, de la migration et de l'identité, Akbas crée une œuvre qui jette des ponts entre les cultures et les géographies, reliant les rues de Paris aux coins oubliés de l'Anatolie. Des codes QR intégrés prolongent l'expérience à travers des films d'animation, approfondissant la rencontre avec ces archives visuelles et poétiques. En inscrivant la mémoire personnelle et collective sur des surfaces éphémères, La Poésie du Chaos redéfinit la relation entre l'art, l'espace public et les histoires partagées.
Il y a des lieux que le temps efface, mais dont l’âme persiste dans les gestes.
Un homme notait les commandes sur un petit papier, le poignet souple, le regard ailleurs. Ce n’était rien, et pourtant tout.
Onay Akbas, lui, a aperçu dans ces gestes une poésie secrète. Alors il a demandé au patron d’un jardin de thé à Datça de lui confier les papiers d’addition usagés. Vingt ans plus tard, ces fragments du quotidien — destinés à la poubelle — deviennent des surfaces de mémoire, des terres fertiles où poussent les images.
De la rue. Dans la rue. Dedans la rue.
C’est dans la rue que l’artiste observe. C’est de la rue qu’il pense. Et c’est dans la rue qu’il expose.
Les murs de la Caserne Napoléon deviennent le prolongement d’un trottoir invisible entre les rives : celles d’Anatolie, des jardins de thé oubliés, jusqu’aux terrasses parisiennes, où l’on rêve aussi en buvant.
Ces œuvres sont comme des cartes mentales, des archives sensibles : des paysages de rue, des visages aperçus, des pensées inachevées, saisies au passage.
Mais ici, chaque image contient une chose rare : un souvenir qui ne cherche pas à être figé, mais à circuler.
Dessiner sur un papier d’addition, c’est refuser la hiérarchie des supports. C’est inscrire l’intime sur l’éphémère. C’est faire de l’art non pas un objet, mais une offrande — un aller-retour entre soi et les autres, entre passé et présent, entre les cultures.
Deniz DEMIRER — Curatrice et coordinatrice du projet



















