EMBRACE YOUR BODY
Le corps en tant que présence, trace et archive énergétique
14 décembre 2025
Projet artistique fondé sur la recherche
EMBRACE YOUR BODY explore le corps physique en tant que lieu de mémoire, de résilience et d’inscription énergétique. À travers la réalisation collaborative de moulages corporels en plâtre, le projet redéfinit la nudité et l’exposition du corps comme des actes de réappropriation de soi plutôt que d’objectivation. S’appuyant sur la théorie féministe, le nouveau matérialisme et le discours sur l’art performatif, cette œuvre explore la manière dont la matière, la mémoire et l’énergie émotionnelle coexistent au sein de traces sculpturales.
Le projet positionne le processus artistique lui-même comme un espace relationnel et performatif dans lequel l'intimité n'est pas définie comme une exposition physique, mais comme un échange émotionnel et énergétique. Le moulage sculptural devient un seuil matériel entre la présence et l'absence.
Le corps, un territoire contesté
Le corps humain s’inscrit dans des structures de pouvoir complexes qui déterminent sa visibilité, sa valeur et sa signification. Historiquement, le corps des femmes a été soumis à l’objectivation, à la surveillance et à la violence, ce qui l’a transformé en un lieu de contrôle plutôt qu’en un lieu d’autonomie, comme l’ont souligné Susan Bordo et Judith Butler.
EMBRACE YOUR BODY émerge de ce paysage sociopolitique comme une intervention artistique qui cherche à réapproprier le corps en tant qu’espace souverain et expressif. Plutôt que de présenter le corps comme un spectacle, le projet le repositionne en tant que présence vécue — émotionnelle, incarnée et énergique.
De l’objectivation à la réappropriation
L’objectivation réduit le corps à une surface consommable, une critique formulée de manière célèbre par Laura Mulvey. À l’inverse, ce projet conçoit la nudité comme une forme d’autonomie. La participante s’engage consciemment dans un rituel artistique qui transforme son corps d’objet en collaboratrice.
Ce glissement fait écho à la théorie féministe de l'art de la performance, en particulier dans l'œuvre de Rebecca Schneider, où la présence incarnée perturbe la consommation visuelle passive. Le corps devient un co-créateur plutôt qu'un sujet.
L'intimité comme espace relationnel et énergétique
EMBRACE YOUR BODY définit l'intimité non pas comme une proximité physique, mais comme un échange émotionnel et dialogique. La relation entre l'artiste et le participant repose sur le consentement, la vulnérabilité et la présence mutuelle.
Cette dimension relationnelle fait écho au concept d’esthétique relationnelle de Nicolas Bourriaud, selon lequel l’art émerge de l’interaction humaine plutôt que des objets seuls. L’œuvre d’art existe dans le silence, le souffle, la tension et la résonance partagés.
Le plâtre, archive énergétique et matérielle
Influencé par la pensée néo-matérialiste — en particulier celle de Jane Bennett et Karen Barad —, ce projet considère la matière comme active et réactive plutôt qu’inerte.
Le plâtre devient un réceptacle de traces physiques et émotionnelles : chaleur de la peau, fragments de cellules, odeur, souffle, tension. Le moulage fonctionne comme un seuil entre présence et absence, conservant le souvenir d’un instant qui ne pourra jamais être reproduit.
Comme l’a décrit l’un de mes mentors :
« Il représente à la fois la présence et la non-présence. »
Le processus comme œuvre d'art
Dans EMBRACE YOUR BODY, le rituel du moulage constitue en soi l'œuvre d'art. Les gestes, les conversations, les silences et les états émotionnels forment une performance éphémère qui continue de résonner au sein de l'objet matériel.
Cela rejoint la théorie de la performance développée par Peggy Phelan, qui soutient que la performance réside dans la disparition. La trace sculpturale devient le témoignage matériel d'un moment irrémédiablement perdu.
Corps singuliers, traces singulières
Il n’existe pas deux moulages identiques. Les états émotionnels, les souvenirs et les énergies modifient la posture et la présence. Le corps n’est pas figé, mais en constante évolution. Chaque forme sculpturale incarne une constellation unique d’expériences vécues.
Ce projet s’oppose à la reproduction de masse. Il ne s’agit ni d’artisanat ni de reproduction, mais d’une réflexion philosophique incarnée.
Conclusion
EMBRACE YOUR BODY redéfinit le corps comme une archive vivante — marquée par la vulnérabilité, la résilience et la transformation. À travers des rituels sculpturaux collaboratifs, le projet remet en question les systèmes de contrôle et d’objectivation, offrant à la place un espace dédié à l’autonomie et à la présence relationnelle.
Le corps n’est pas simplement représenté.
Il est mémorisé, ressenti et réactivé à travers la matière.
Bibliographie
Barad, K. (2007). Meeting the Universe Halfway: Quantum Physics and the Entanglement of Matter and Meaning. Duke University Press.
Bennett, J. (2010). Vibrant Matter: A Political Ecology of Things. Duke University Press.Bordo, S. (1993). Unbearable Weight: Feminism, Western Culture, and the Body. University of California Press.
Bourriaud, N. (1998). Relational Aesthetics. Les Presses du Réel.
Butler, J. (1990). Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity. Routledge.
Mulvey, L. (1975). “Visual Pleasure and Narrative Cinema.” Screen, 16(3), 6–18.
Phelan, P. (1993). Unmarked: The Politics of Performance. Routledge.
Schneider, R. (2001). The Explicit Body in Performance. Routledge.